Son Livre des Rois (Châh-Nâmè) compte parmi les meilleures épopées
de tous les temps. En plus de 50 000 distiques il relate les fastes de l'antique
Iran jusqu'à l'invasion arabe du VIIe siècle de J.C. Cet immense
poème servit de modèle épique en langue persane; il fut traduit en arabe
et en turc. Il existe deux introductions très importantes au Livre des
Rois : l'une, due au prince timouride Baï Songhor (XVe s.) ; l'autre, plus
ancienne et reproduisant en partie une introduction composée en 957 par
Amniari pour un Livre des Rois en prose, commandé
en la même année par Razzâq.
Ferdowsi (Firdousi) naquit vers
940 au village de Bâj (district de Tàbarân, territoire de Tous), d'une
famille de gentilshommes ruraux (dehqân), Dès sa jeunesse, il mit en vers
quelques épisodes héroïques de l'histoire d'Iran. Vers 980, ayant appris
l'assassinat de Daqiqi, poète qui avait commencé la rédaction versifiée de
l'épopée nationale, Firdousi reprit ce projet : en 994, il avait versifié la
rédaction composée par Abou Mançour en 957 (rédaction qui est la source
de la traduction arabe, en prose, d'el Bondâri, XlIle s.). Ensuite Firdousi
compléta son oeuvre en utilisant d'autres sources (le mémorial de Zarfr,
exploits de Rostam, d'Alexandre, etc.); il la termina en 1010 et en fit
hommage à Mahmoud, le célèbre sultan Ghaznévi; mais diverses causes
(dont la principale fut la différence de race et de doctrine religieuse)
amenèrent un désaccord : le poète quitta Ghaznè en hâte pour chercher
successivement refuge à Hérat, à Tous, ait Tabarestan, puis aie Khorâssan;
il mourut dans son village natal (1020). Quelques érudits ont parlé d'un
séjour de Firdousi à Khân Lendjân (région d'Ispahan) et à Bagdad
cette hypothèse est insoutenable.
Ce poète a prouvé sa puissance par sa probité dans l'utilisation de ses
sources, son habileté à décrire les spectacles de la nature, les épisodes
guerriers et héroïques, par les idées et exhortations morales qu'il mêle
à ses narrations; il montre sa maîtrise dans la claire expression des idées,
la simplicité de son style et de son vocabulaire qui restent des modèles.
D'autre part, on lui attribue une série de Poésies lyriques; mais il y a
lieu de renoncer à lui attribuer Yousef et Zoleïkha (histoire versifiée du
Joseph biblique), composée sans doute par un poète contemporain de
Toghànchâh (seconde moitié du Xle S.; voir Z. Safâ, Tarikh-é-adabiyat
dar Irân, 1, 493, et sur Firdousi : ibid., 461-501).